Kraxi
Notice biographique de l'auteur
Kraxi (1943-2010) fut autrefois Marcel Bélanger, lequel a occupé, jusqu'aux débuts des années 1980, plusieurs postes d'homme de lettres, comme il se plaisait ironiquement à le dire. Directeur de revues littéraires, fondateur d'une maison d'édition, il a aussi travaillé à la radio FM de Radio-Canada et été professeur à l'Université Laval, à Québec, où il a mis sur pied un programme de création littéraire. Après de nombreux voyages aux connotations initiatiques, il avait choisi de se consacrer uniquement à l'écriture dans un petit village de Lanaudière.

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Prix et distinctions
Du même auteur au groupe Ville-Marie Littérature
Cela seul, Les Éditions de l'Hexagone, 2004
Orf Effendi, chroniqueur, Les Éditions de l'Hexagone, 1995
D'où surgi : poèmes, Les Éditions de l'Hexagone, 1994
Libre cours : essais, Les Éditions de l'Hexagone, 1993
La Dérive et la Chute, Les Éditions de l'Hexagone, 1991
L'Espace de la disparition, Les Éditions de l'Hexagone, 1991
Plein-vent, Les Éditions de l'Hexagone, 1991
Fragments paniques, Les Éditions de l'Hexagone, 1991
Saisons sauvages, Les Éditions de l'Hexagone, 1991
Prélude à la parole, Les Éditions de l'Hexagone, 1991
Migrations : poèmes 1969-1975 , Les Éditions de l'Hexagone, 1991
Entretien avec l'auteur
Entretien avec Kraxi pour «Le premier abécédaire de David Kurzy».
- Pourquoi avoir choisi un pseudonyme ? Comment Marcel Bélanger est-il devenu Kraxi ?
- Le pseudonyme de Kraxi comporte en soi une longue histoire que dans un autre texte, je compte élucider un jour. Mais déjà Orf Effendi, chroniqueur tourne autour de cette question à laquelle toutes les réponses sont à leur tour questions puisqu’elles relèvent de l’inconscient. Il implique le processus fondamental de l’identité qui, chez moi, paraît être resté ouvert, inachevé. Très tôt, l’écrivain s’est rêvé sous un nom autre, d’abord à travers ce que je qualifierais de « dépersonnalisation » et d’aliénation. Un peu partout sur ma peau, j’ai senti qu’on n’avait cessé de coller des étiquettes qui me fixaient dans des rôles dans lesquels je ne me retrouvais pas : enfant, fils, écolier, citoyen, époux, père, professeur, etc. Cette tentative de dépersonnalisation ou d’impersonnalisation me conduira à n’être plus personne, en me retirant progressivement de tout ce qui m’entourait, littéralement, dans l’esprit d’un projet d’invention de soi qui, au-delà des définitions, ferait de moi une personne pleine et entière. Car c’est l’autre, la figure du père, en l’occurrence, et ses substituts, qui vous inscrit dans le clan ; au nom de celui-ci, il identifie une lignée par un patronyme. Or le père québécois se décline pour ainsi dire au féminin, et autant pour des raisons collectives que pour des raisons personnelles, je me devais de l’abattre symboliquement, question de survie. De toute façon, j’ai le sentiment de m’être constamment battu contre tout ce qui limitait, délimitait, définissait, démarquait, fichait, répertoriait, inventoriait… Il y eut peut-être des moments où je fus simultanément moi et hors moi, ceux durant lesquels j’écrivais.
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- Qu’est-ce qu’écrire pour vous ?
- En fait, tout au long de ma vie, « ça » (j’use du ça dans un sens que mon précédent recueil, Cela seul, a essayé de saisir comme au vol) n’a jamais voulu dire la même chose, en proie à de perpétuelles transformations. J’aurai été constamment bousculé par de fausses certitudes, puis ravagé par des périodes de doute dont certaines frôlaient prostration et anéantissement. Névrose, folie n’étaient jamais très loin, ni cette rage de vivre dans un espace qui évoque le maquis cérébral.
À distance, après plus de cinquante ans d’écriture, il me paraît plus ou moins clair que j’ai, après l’avoir rejeté par une série de violences, d’abord inconsciemment réinvesti le « sacré » et le « spirituel » de mon enfance, rêvant d’être quelque chose comme un pur poète à la Char et à la Saint-John Perse par exemple, sans oublier le rôle que les écrivains dits catholiques jouaient alors en littérature française. Puis il m’a fallu traverser une longue période de doute et de précarité, durant laquelle je me suis engagé dans des activités disons « d’homme de lettres », mais en quittant les postes que j’occupais avant un fatidique deux ans. Sitôt que je sentais que le pouvoir menaçait, je prenais la poudre d’escampette. Puis, autour des années 1978-1979, lors de trois voyages, dont l’un, vertigineusement déterminant en Égypte, tout, ou presque, s’est effondré. Je vis vraisemblablement encore parmi les séismes de cette période, et le triptyque de Kurzy est une tentative de reconstruction sur des ruines.-
- Vous avez publié jusqu’ici à la fois des romans, des essais et de la poésie. Ce livre marque un tournant dans votre production. Comment l’expliquez-vous ?
- Ce livre fait partie d’un triptyque, constitué de deux abécédaires et de carnets, trois œuvres d’un personnage fictif, David Kurzy, écrivain qui refuse de l’être, ou l’est mais dans la dérision. C’est sans doute un essai de synthèse, une sorte de système onirique qui cherche tant bien que mal à casser la notion de genre. Ces œuvres procèdent d’une structure narrative, mais rompue, discontinue et s’élaborent à partir de poèmes narratifs, de récits faussement « poétiques », d’essais éclatés, donc de fragments. Mais pour moi, le fragment s’est très tôt imposé, à l’instar d’un genre indéfini.
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- On pourrait dire que vous avez une vision très particulière du monde de la sensualité et de la sexualité. Comment la définiriez-vous ?
- L’histoire du personnage laisse voir un Kurzy qui se révolte contre ce qui, d’une façon, limite la liberté, tout particulièrement contre une idéologie judéo-chrétienne agissant de concert avec les sociétés capitalistes qui, à hue et à dia, divisent le corps, le faisant naître sous le signe du peccable. La plupart des religions, à un titre ou à un autre, s’acharnent contre le corps – désirs, plaisir et jouissance – et surdramatisent le sexe. David Kurzy se fait une conception ouverte de la sensualité, et ce dès ses enfances et ses vies, reliées par une seule qui n’est en rien pour lui cette crise d’adolescence en laquelle il ne reconnaîtra pas cette phase d’intense énergie qui alimentera le mouvement perpétuel, fuite, nomadisme et écriture, d’une existence qu’il a jouée, sienne et autre à la fois. Au sens fort du terme, par sa volonté, il est un adolescent attardé, parce qu’il voit dans l’adolescence le temps d’une énergie ardente, celui de l’exploration, de l’aventure, des erreurs et errements, il est une espèce de nomade errant dans un no man’s land.
L’esprit toujours ludique à mesure qu’il vieillit, évoluant à l’encontre des discours des sociétés qui, dès l’enfance, cherchent à embrigader l’individu dans les circuits clos de la production et de la morale, Kurzy semble avoir éperdument voulu se fixer pour objectif plaisirs, jouissances, transgressions, pour tout dire la liberté dans une connaissance qui débute en soi et par soi ; ce qui implique tout naturellement pour lui une sexualité plurielle, polymorphe, hors genre, androgyne par conséquent, qu’il est sûr d’avoir par moments vécue. Il ne se reconnaît que dans le corps-esprit dionysiaque.-
- Dans ce texte, l’espace et le temps semblent jouer un rôle très important ? Quel rapport entretenez-vous avec eux ?
- Temps et espace se déploient comme dans une représentation théâtrale dont la scène serait la mémoire de Kurzy. Tous deux enchevêtrés, ils sont aux prises avec l’ébauche, l’esquisse, l’inachèvement, ne se mesurant que par rapport à la menace perpétuelle de l’effritement et de l’effondrement. Il n’y a de lieu et de durée que dans l’incertitude, pour Kurzy.
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- Qu’est-ce qui vous accompagne au cours de votre écriture ?
- Trop souvent un sentiment, pourtant essentiel, d’inutilité et de dérision. On ne semble pas encore avoir vu à quel point mes livres sont hantés par l’ironie, par une passion quasi kamikaze à certains moments. Et il me semble que j’ai, autobiographiquement parlant, payé très cher une révolte qui n’a jamais reniée beauté, désir et passion.
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- Quels sont vos projets d’écriture ?
- Dans un premier temps, finir la rédaction des Carnets de David Kurzy qui, avec les deux abécédaires, complétera le triptyque de Kurzy. Parallèlement, faire paraître un roman, probablement en édition dite confidentielle, Né sous X, qui m’a demandé des années de travail et qui a fait peur à plusieurs éditeurs québécois, bien planqués derrière leurs subventions et ces nombreuses publications qui relèvent du simple divertissement et de la production de navets en série. On conforte le lecteur dans une médiocrité généralisée. Actuellement, il existe bel et bien une censure (et sa pire manifestation est l’autocensure, invisible parce qu’elle opère au sein même de l’individu écrivant seul dans un espace symboliquement clos) qui, dans l’ombre, condamne au silence les grandes gueules de mon espèce. Puis, mettre le point final à deux suites de poèmes, L’état de traces et L'ordre du dé.
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- Avez-vous une adresse électronique où vos lecteurs peuvent vous écrire ?
- Oui : kraxi50@hotmail.com
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