Les Éditions de l'Hexagone

Normand Corbeil





© Martine Doyon

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Notice biographique de l'auteur

Normand Corbeil est né à Montréal où il vit et enseigne la philosophie. Il a déjà fait paraître trois romans, Un congé forcé en 1996, Voix en 2004 et, plus récemment, Ma reine.


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Du même auteur au groupe Ville-Marie Littérature


Entretien avec l'auteur

Entretien avec Normand Corbeil pour «Les années-tennis».


En quelques mots, comment présenteriez-vous votre livre ?
Les années qui passent, qui nous portaient, et voilà qu’il va falloir les porter ; la jeunesse rencontrant l’émotion et se disant « il faut que j’écrive là-dessus » ; en général, on vient d’avoir trente ans.
Jusque-là on montait, montait, et voilà bientôt le sommet de la courbe, la limite ; la « réalité » vient nous tester, ou ce sont les autres, nous forçant à nous expliquer, vérifier nos marques, à nous « définir ».
Est-ce un accident, est-ce la routine, est-ce notre « caractère » qui imposent cette limite, est-ce une tension pour la première fois entre être ému et la conscience d’être ému ? Est-ce passer de la jeunesse vécue à la jeunesse sentie, réfléchie ? On veut devenir, et on doute : que ferons-nous de cette vie? Serons-nous à la hauteur ?
 
Mais énoncer une thématique, c’est se mettre à l’extérieur ; le vrai sujet, l’« origine », se trouve dans des phrases simples comme « c’était un bluffeur, il jouait tout le temps », ou « on dit qu’on meurt pour des idées, je crois qu’on meurt beaucoup plus pour des impressions que pour des idées », ou encore « je l’ai vu perdre la vue et dépérir pendant dix ans sans dire un mot » ; formules qu’on ne cherchait pas mais qu’on trouve, qui viennent de l’émotion et non d’un « thème », bref, on ne peut vraiment parler d’un livre de l’extérieur, il faut y entrer.
D’un autre côté, les nouvelles jadis à l’origine des Années-tennis avaient sans doute l’émotion, il leur manquait vingt ans encore pour avoir le tragique.
Quels sont les écrivains et les œuvres qui ont le plus influencé votre travail ?
Platon, Épicure, Descartes, Spinoza, Hume, Nietzsche, Sartre, Merleau-Ponty, Bataille, Wittgenstein. Ils ont tous, d'une certaine façon, posé la question du « moi », du désir, de la vérité, etc.
 
En littérature, je prise souvent plus l’aspect romanesque que les romans, chez des écrivains classiques qui sont philosophes : Montaigne, Rousseau, Pascal, La Rochefoucauld.
                                                                                                                                                                              
J’ai lu Freud avec grand plaisir, sans avoir nécessairement autant de goût pour la psychanalyse. Pour la poésie, ce serait trop long. 
                                                                                                                                                                              
Chez des auteurs comme Camus, Deleuze, Foucault, Barthes, je préfère le vécu des carnets, des courts essais, des lettres, des entrevues, aux traités soutenus. Inversement, je préfère les romanciers à « teinture » philosophique : Kundera, Bellow, Tournier, Miller, Tanizaki, Roth, Sollers. Comme si l’art de raconter des histoires pour des histoires était une place que le cinéma, pour moi, a entièrement « occupée ». Bref, c’est de plus en plus le principe d’« individuation » qui m’intéresse, impliquant à la fois l’histoire très singulière qui nous fait chacun, sans oublier notre corps, sa perception singulière, la difficile expression de cette différence, tout comme sa nécessité (qu’est-ce qu’un « être humain » ?), et ce besoin d’être reconnu, défini, et le rapport aux autres que l’on façonne et qui nous façonne. On pourrait dire que « promener la caméra » à l’intérieur pour le bénéfice de l’extérieur est au cœur de ma tentative : réconcilier affect et réflexion. Un mot de Gombrowicz, que j’aime beaucoup, résumerait : « Je ne sais pas qui je suis, mais j’ai horreur quand on me déforme » – derrière lequel on voit le besoin de dire « qui je suis » en renvoyant au lecteur la question du « qui vous êtes ».
                                                                                                                                                                              
J’aime aussi P. Valéry et R. Barthes, pour l’intelligence, la sensibilité et l’art ; en bordure du romanesque, fascinés par la question du sujet et du moi, capables des accents les plus poignants, deux grands prosateurs.
Quels sont vos projets ?
Continuer à enseigner et terminer un roman.
Je songe à un essai sur le temps vécu, à un écrit avec un collègue et ami sous forme d’échange de lettres. D’autres choses aussi, vagues.

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