Nouveautés

  • Dans les années 1950 et 1960, Gaston Miron a entretenu avec ses contemporains une correspondance soutenue dont la lecture nous fait entrer au cœur de l'élaboration d'une des oeuvres les plus importantes de la poésie québécoise moderne. Dans cette sélection largement inédite de lettres qu'il a adressées, entre autres, à Claude Haeffely, Henri Pichette, Fernand Ouellette, Guy et Gilles Carle, Louis Portugais, Alain Grandbois et Rina Lasnier, on retrouve l'émotion, les doutes, les fulgurances et surtout la voix, intime et magnifique, de l'auteur de L'homme rapaillé.

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  • Parmi les hommes dépareillés de ces temps
    je marche à grands coups de tête à fusée chercheuse
    avec de pleins moulins de bras sémaphore
    du vide de tambour dans les jambes
    et le corps emmanché d'un mal de démarche
    reçois-moi orphelin bel amour de quelqu'un
    monde miroir de l'inconnu qui m'habite

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  • Pour bien réussir ses travaux de rénovation, il faut avant toute chose prendre conscience de l'état de sa demeure. Ce recueil gratte la couche de surface de nos aménagements intérieurs afin d'exposer tout ce qu'ils recèlent. Au fil des poèmes, la poussière soulevée retombe et remodèle le décor : les meuble crient, les frigos se réveillent. Les traces laissées sur le plancher esquissent les pas d'une danse parallèle.

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  • Même à quatre-vingt-cinq ans, le désir d'une forme nouvelle de langage ne s'est pas atténué, ni la passion de l'achèvement. Chaque poème nouveau soulève l'espoir d'atteindre enfin l'essentiel de la vraie poésie. Or, bien entendu, avec les deuils, avec le corps, l'esprit qui perdent un peu de leur densité originelle, la langue s'imprègne parfois des tonalités du crépuscule. Comment peut-il en être autrement ? L'horizon se rétrécit, certes, mais l'espérance ne perd pas le lien qu'elle a entretenu toute une vie avec le soleil.

    Fernand Ouellette


    Fernand Ouellette est né à Montréal en 1930. Il a reçu le Prix du Gouverneur général du Canada à trois reprises, le prix David du gouvernement du Québec en 1987, le prix Duvernay, le prix Gilles- Corbeil de la Fondation Émile-Nelligan en 2002, le prix Alain- Grandbois de l'Académie des lettres du Québec en 2006 et sa médaille annuelle en 2010, ainsi que quelques autres prix au Québec, en France, en Suisse et au Bénin. En 2008, il reçoit à Paris le Grand Prix international de poésie de langue française Léopold Sédar Senghor. Son oeuvre comprend une quarantaine de titres en poésie, roman et essai. Après L'Inoubliable (trois tomes), les deux volumes de L'Abrupt paraîssent en 2009, et en 2013 : À l'extrême du temps.

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  • LA GÉNÈSE
    En 2007, Nancy Huston, Alain Mabanckou, Éric Orsenna, Le Clézio et Dany Laferrière signaient dans Le Monde une lettre ouverte intitulée « Pour une “littérature-monde” en français » où ils remettaient en cause la vision hexagocentriste des littératures de langue française. Récemment, au Québec, l'éternel débat « terroir contre exotisme » était réactivé à la suite d'une chronique de Christian Desmeules parue dans Le Devoir. Est-il possible pour un écrivain d'adopter une posture autre que nationale ? Les auteurs qui se tournent vers des sujets étrangers sont-ils condamnés à un vain « tourisme littéraire » ?


    C'est pour réfléchir sur ces questions que Ville-Marie Littérature fonde la revue de création semestrielle Le Pigeon, laboratoire et lieu de rencontre qui réunira à chaque numéro les textes littéraires d'une dizaine d'auteurs francophones du monde. Abondamment illustrée par deux artistes en résidence et toute en couleurs, la revue sera aussi belle que riche en découvertes.

    Distribué tant en Amérique du Nord qu'en Europe et en Afrique francophone, Le Pigeon se propose en somme d'effacer les frontières afin de créer une communauté d'auteurs dont la langue française constitue la patrie.

    Fort de ce succès critique inespéré, tant en France qu'au Québec, Le Pigeon revient cet automne avec neuf nouveaux textes, dont un entretien avec Jérôme Ferrari (Prix  Goncourt 2013 pour son Sermon sur la chute de Rome).

    Pour ce numéro, les auteurs ont travaillé à partir du thème « noir et blanc ». Catherine Mavrikakis, Louis Carmain, Carl Leblanc, Alice Zeniter, Emmanuelle Pol, Thomas Baumgartner et Cyrille Martinez voient leurs textes inédits habillés des images  somptueuses de Julien Del Busso (Québec) et de Fanny Blanc (France).

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  • Le poète signe ici un livre personnel et bouleversant dans lequel il trace quelques traits de visages, aussi habiles à exprimer la force que la fragilité, la haine que l'amour. Il partage son monde personnel, parle de ses compagnons de planète et de ce monde dans lequel les humains se démènent de leur mieux. Si son regard peut paraître sévère, il est toutefois plein d'empathie. Sans aucune condescendance, il ose croiser les chemins de traverses afin d'aller au plus près de l'intime ; il découvrira que l'ouverture à l'autre reste essentielle. Malgré les limites, demeure présente cette envie d'écrire, de vivre, de creuser le mystère. C'est ainsi qu'il arrive à prendre la mesure du possible, du destin et du corps.

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  • Qui ne connaît pas l'expression sur laquelle est calquée la signature du poète des années de Crise qu'était Jean Narrache ? De son vrai nom Émile Coderre (1893-1970), il a décrit dans leur langue propre la vie des chômeurs et des déshérités et s'est fait le porte-parole sincère de leurs revendications.

    Et quel chemin Émile a parcouru pour rencontrer son alter ego, ce surprenant poète des gueux ! Orphelin sensible, facétieux et doué, il a choisi la profession de pharmacien, qu'il a exercée sur le Plateau-Mont- Royal et à Saint-Henri, versifiant souvent tard dans la nuit sur son comptoir d'apothicaire. Puis, pour éviter la misère, il s'est fait voyageur de commerce et a sillonné le Québec. C'est après avoir pratiqué une poésie classique qu'il a chamboulé son art pour adopter le verbe et l'esprit populaires, ce qui lui valut un immense succès.

    Émile Coderre a mené une existence littéraire complète et authentiquement engagée – qui lui fit d'ailleurs se frotter à la censure. Auteur de nombreux recueils, chroniqueur et critique, monologuiste à la radio où il fut également incarné par l'ami Paul-Émile Corbeil sous la mémorable défroque du « vagabond qui chante », il eut aussi une riche correspondance avec ses contemporains, dont Alphonse Désilets et Alfred DesRochers.

    C'est tout cela, et plus encore, que Richard Foisy raconte dans une biographie qui rend avec justesse les reflets d'une époque et d'une sensibilité qui n'ont pas fini de nous toucher.

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  • Ce livre est le récit d'un voyage, mais surtout d'un lieu : Unaman-Shipu, communauté autochtone de la Basse-Côte-Nord. Devant la démesure du territoire, le regard devient un parcours, une longue montée vers l'autre, une distance à franchir pour bâtir un espace commun.
     
    Là-bas, la roche, le froid, une infinité d'îlots immuables et noirs, une rivière aux eaux ocre. Olamen. Trop bas, le ciel rouille au pied des baraquements. L'air tremble contre les joues. Les maisons alignées. Ce que je ne connais pas. Ce que je pourrais deviner. Déborde. Au ventre croît un désir d'arpenter la vastitude, une faim, ses meurtrissures. Niuniun.
    Aucune route n'indique où aller.

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  • Dans ce recueil, le silence est partout, attendant la détonation du fusil de chasse. Tapie dans l'ombre, la poète attend de savoir si elle tuera ou sera tuée. Démultipliée par cette ambivalence, la voilà homme, femme, prédateur, proie, bête à l'abattoir, corneille en plein vol, chasseur ou chevreuil aux aguets. La mort rôde dans ces terres sauvages, et l'écriture ne laisse jamais deviner sur laquelle de ces incarnations se refermera le piège.

    Affamée
    Par le craquement des corps et de l'écorce
    Comment devenir une femme sans mordre ?

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  • Je suis ici avec ma chair
    et mes pensées, et j'essaie
    de te laisser partir.

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