Nouveautés

  • Qui ne connaît pas l'expression sur laquelle est calquée la signature du poète des années de Crise qu'était Jean Narrache ? De son vrai nom Émile Coderre (1893-1970), il a décrit dans leur langue propre la vie des chômeurs et des déshérités et s'est fait le porte-parole sincère de leurs revendications.

    Et quel chemin Émile a parcouru pour rencontrer son alter ego, ce surprenant poète des gueux ! Orphelin sensible, facétieux et doué, il a choisi la profession de pharmacien, qu'il a exercée sur le Plateau-Mont- Royal et à Saint-Henri, versifiant souvent tard dans la nuit sur son comptoir d'apothicaire. Puis, pour éviter la misère, il s'est fait voyageur de commerce et a sillonné le Québec. C'est après avoir pratiqué une poésie classique qu'il a chamboulé son art pour adopter le verbe et l'esprit populaires, ce qui lui valut un immense succès.

    Émile Coderre a mené une existence littéraire complète et authentiquement engagée – qui lui fit d'ailleurs se frotter à la censure. Auteur de nombreux recueils, chroniqueur et critique, monologuiste à la radio où il fut également incarné par l'ami Paul-Émile Corbeil sous la mémorable défroque du « vagabond qui chante », il eut aussi une riche correspondance avec ses contemporains, dont Alphonse Désilets et Alfred DesRochers.

    C'est tout cela, et plus encore, que Richard Foisy raconte dans une biographie qui rend avec justesse les reflets d'une époque et d'une sensibilité qui n'ont pas fini de nous toucher.

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  • Ce livre est le récit d'un voyage, mais surtout d'un lieu : Unaman-Shipu, communauté autochtone de la Basse-Côte-Nord. Devant la démesure du territoire, le regard devient un parcours, une longue montée vers l'autre, une distance à franchir pour bâtir un espace commun.
     
    Là-bas, la roche, le froid, une infinité d'îlots immuables et noirs, une rivière aux eaux ocre. Olamen. Trop bas, le ciel rouille au pied des baraquements. L'air tremble contre les joues. Les maisons alignées. Ce que je ne connais pas. Ce que je pourrais deviner. Déborde. Au ventre croît un désir d'arpenter la vastitude, une faim, ses meurtrissures. Niuniun.
    Aucune route n'indique où aller.

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  • Dans ce recueil, le silence est partout, attendant la détonation du fusil de chasse. Tapie dans l'ombre, la poète attend de savoir si elle tuera ou sera tuée. Démultipliée par cette ambivalence, la voilà homme, femme, prédateur, proie, bête à l'abattoir, corneille en plein vol, chasseur ou chevreuil aux aguets. La mort rôde dans ces terres sauvages, et l'écriture ne laisse jamais deviner sur laquelle de ces incarnations se refermera le piège.

    Affamée
    Par le craquement des corps et de l'écorce
    Comment devenir une femme sans mordre ?

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  • Je suis ici avec ma chair
    et mes pensées, et j'essaie
    de te laisser partir.

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  • LA GÉNÈSE
    En 2007, Nancy Huston, Alain Mabanckou, Éric Orsenna, Le Clézio et Dany Laferrière signaient dans Le Monde une lettre ouverte intitulée « Pour une “littérature-monde” en français » où ils remettaient en cause la vision hexagocentriste des littératures de langue française. Récemment, au Québec, l'éternel débat « terroir contre exotisme » était réactivé à la suite d'une chronique de Christian Desmeules parue dans Le Devoir. Est-il possible pour un écrivain d'adopter une posture autre que nationale ? Les auteurs qui se tournent vers des sujets étrangers sont-ils condamnés à un vain « tourisme littéraire » ?

    C'est pour réfléchir sur ces questions que Ville-Marie Littérature fonde la revue de création semestrielle Le Pigeon, laboratoire et lieu de rencontre qui réunira à chaque numéro les textes littéraires d'une dizaine d'auteurs francophones du monde. Abondamment illustrée par deux artistes en résidence et toute en couleurs, la revue sera aussi belle que riche en découvertes.

    Distribué tant en Amérique du Nord qu'en Europe et en Afrique francophone, Le Pigeon se propose en somme d'effacer les frontières afin de créer une communauté d'auteurs dont la langue française constitue la patrie.

    LE PREMIER NUMÉRO : LENDEMAIN
    Le numéro inaugural, prévu pour mars 2015, a pour thème « lendemain » et s'ouvre sur un passionnant entretien avec Dany Laferrière. C'est en toute liberté qu'ont travaillé autour de ce thème (plus catalyseur que contrainte) nos auteurs invités : Éric Plamondon, Nicolas Ancion, Mylène Bouchard, Iman Bassalah, Patrice Lessard, Mathieu Picard, Ryad Assani-Razaki, Claire Legendre et le poète Roger Des Roches, ainsi que les artistes visuelles Mügluck et Louise Marois.

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  • Une jeune femme parle, et par sa bouche, ce sont toutes les femmes – sorcières, fées, écrivaines, marâtres, aïeules, sœurs, fantômes – qui cherchent à s'exprimer. Sa voix se mêle aux leurs pour former un cri courageux contre le vacarme des forums de discussions, des télé-réalités, des revues à potins. Mais ce n'est pas assez : pour se bâtir un royaume à elle sur les ruines de son héritage, il lui faudra exhiber ses plaies, monter aux barricades, enfoncer toutes les portes, n'avoir peur de rien.

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  • Une femme souhaite un garçon mais accouche d'une fille. Toutes deux vivront avec le père et le fils comme des étrangères.

    Devant l'absence de la mère, non pas la fuite de l'enfant, mais l'abdication. Elle se prendra à vouloir connaître sa mère et à lui plaire à tout prix, se faisant tour à tour animal domestique, enfant modèle ou esclave pour attirer son attention. L'amour a sa part d'incompréhension, de résilience et de pardon. Ce qui paraît inadmissible peut devenir essentiel pour que la vie continue.

    Peut-on en vouloir à sa mère mourante de ne pas avoir su nous aimer ?

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  • Ce livre prolonge les voies arpentées par France Théoret dans Bloody Mary (Typo, 2011). Toujours engagée, elle va plus loin dans sa dénonciation et dans sa réconciliation, d'abord avec elle-même, puis avec les autres. La difficulté de se rencontrer, d'être, de parler en son nom ; être une femme en éclats, dans son propre effacement, trop consciente dans la violence humaine ; se dire comme être humain de genre féminin, finalement être ici et là, à se battre pour vivre ou pour trouver l'apaisement, voilà le propos de la poète.

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  • L'écriture débridée fait parfois éclater de rire. Le poète sort des ornières de la logique,le sens explose en une divine comédie athée, et absurde. C'est l'heure de la colonisation de Mars, de la respiration cellulaire, de la conquête d'un Nouveau Monde de menthe et de pétrole.

    Héritier du surréalisme, David Jasmin-Barrière tente de libérer le réel du contrôle de la raison en luttant contre les valeurs et les normes convenues. Déconcertant, son récit hyperbolique sera prisé par les lecteurs de Breton, de Gauvreau, de Cocteau ou de Tzara et par les amateurs de rap.

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  • En plus de rendre hommage aux poètes de la génération de l'Hexagone, Jean Royer, sans sentimentalisme, prétend que tous les langages, ainsi que toutes les sensations, permettent la lecture du poème dans sa verticalité. Le poème devient alors un lieu d'exploration fertile des formes anciennes et récentes, même s'il en contourne les règles.

    Le poète parle de l'absolu de la poésie, l'aborde par les paysages et s'interroge sur la langue dans le poème. Il réaffirme que les formes se font et se défont, qu'elles sont au centre de l'écriture poétique. Jean Royer laisse entrer dans ses mots les mots des autres. Dans un grand souffle, la poésie traverse les frontières entre des mondes intérieurs.

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